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Joie

C'est un cri de moineau, il faut tendre l'oreille,
Un grondement tapi, enfermé dans sa cage,
Et qui frappe aux poumons.
J'veux sortir ! entend sa sœur la peur.
La peur qui contient tout
Et resserre le corps,
Comme un filet tendu, un plastique collant.

Mais la joie est plus forte, elle jaillit tout d'un coup,
Et transperce le cœur, et rayonne et réchauffe,
Et son faisceau bénit le voisinage.
Et puis elle s'éteint, laissant de son passage
La marque indélébile du feu libérateur.

Sur le divan

Fluette silhouette en jupon blanc,
Pull et collants en laine bleue.
Par delà les années,
Bien campée sur ses jambes,
Elle me donne la main vers l'histoire de mes peines.
Les yeux grand ouverts sur la vie,
Des questions plein la tête,
Le corps déjà à consoler.
Mais la flamme est intacte
Dans son cœur et le mien.

Home

Il y a toujours dans un coin de ma tête
Des Alpilles la fine silhouette
Et la lune éclairant le ciel pâle.
Bien là le souvenir d'un fauteuil bleu
Immense et chaud pour mes fesses d'enfant.

La saveur d'un rôti, la fraîcheur du piano,
Toujours présents, à convoquer dans les tempêtes,
Et que la vie ne peut reprendre
Malgré les épreuves et les pertes.

Deuils

Un visage saisi au vol
Et tout un monde de souvenirs surgit
Tout un pan de moments bénis
Et d'autres jamais arrivés
Enfouis.

C'est comme un bout de soi dont on est amputé
Qu'on a laissé derrière
Triste petit poucet.
A lui le flanc gauche
Elle le droit,
Des bouts de chair et de viscères échardés,
Confisqués par tous ces absents,
Toujours présents pourtant.

Vivace mémoire
Cuir tanné
Cœur meurtri.


Paris, rue de Charonne, décembre 2015


Elles sont là, les fleurs et les bougies,
Amoncelées sur le trottoir
Comme un tapis de larmes.
Et les mots, et les drapeaux,
En désordre, dérisoires.

Et quand on passe, le cœur se serre,
Le halo de deuil est épais.
Le pas des parisiens s'arrête,
Les visages se figent,
Les regards errent.

Nous n'étions pas là ce soir là,
Mais nous y étions tous.
Tous sidérés par l'horreur impensable,
Hébétés, meurtris, révoltés.
Révoltés que ce monde
Engendre encore la barbarie,
Et sans doute plus à venir.

Mais par où commencer, et comment résister?


Paris, 15 novembre 2015


Désarroi, impuissance,
Tristesse pour tous les innocents,
Colère contre ce monde qui permet ÇA,
A nous Paris, la France,
Demain peut (encore) être meilleur !

Voyage d'hiver

Depuis la fenêtre, mollement assise sur le canapé,
L'herbe est blanchie par le givre,
La lumière vaillante pour un premier janvier.
La forêt, lavis vertical sans ses feuilles,
Laisse passer le bleu pâle du ciel.
Un vieux vinyle de Schubert craque
Et égrène sa mélancolie.
Le ventre est lourd, le coeur un peu gros
De cette année, passée dans la tempête,
Et de celle qui vient.

Soutenance

Oiseaux joyeux et légers
Assis sagement dans l'amphi
Pépiant discrètement, sourire aux lèvres.
Le diplôme approche,
La vie droit devant!

Marée haute

Je te vois dans mes nouvelles sandales à bride dorée
et aussi dans les roses à lacet.
Je te vois dans le logo blackberry,
dans mon collant turquoise,
ma robe de dentelle noire;
dans les reflets de la tour First,
et dans ceux du nouveau Drugstore.
Je te vois puis ne te vois plus,
un grand répit, une accalmie, 
et la vague revient, c'est comme un tsunami.

On the way

Douleur, dépossédé de soi, violence des échanges et futur antérieur.
Idéal encrassé ou exigence reine?
Elle assite impuissante aux destins ordinaires.
Destin ou catacombe, y prendre part ou pas,
O question vagabonde.
Elle pourrait s'amuser,
La route est bien sommaire.